Tarifs : 6,50 € ; TR : 5,50 € ; Étudiants : 3 € ; Adhérents (bien avisés) de Cannibale Peluche : 2 €

Cinéma Le Studio (3, rue du général Sarrail – Le Havre)

affiche the duke

THE DUKE OF BURGUNDY
Un film de Peter STRICKLAND (Royaume-Uni/Hongrie, 2014, 104') Drame érotique/DCP/vost
Production :  Andy Starke, Lizzie Francke, Hanna Higgs, Ildiko Kemeni, Ben Wheatley, Amy Jump pour Rook Films, Pioneer Pictures, BFI, Film4
Scénario : Peter Strickland
Directeur de la photographie : Nic Knowland
Décorateur : Pater Sparrow
Montage : Matyas Fekete
Musique : Cat's Eyes
Avec Chiara D'Anna (Evelyn), Sidse Babett Knudsen (Cynthia), Fatma Mohamed (l'ébéniste), Zita Kraszkó (Dr Schuller), Kata Bartsch (Dr Lurida), Eszter Tompa (Dr Viridana), Monica Swinn (Lorna)...

Interdit - 12 ans

Dans une contrée d'Europe centrale exclusivement peuplée de femmes, deux lépidoptéristes, Evelyn (Chiara D'Anna) et Cynthia (Sidse Babett Knudsen, l'héroïne Premier ministre de la série Borgen - Une femme au pouvoir), voient leur relation menacée par la répétition d'un quotidien fait de contraintes ritualisées. Soumise aux désirs et mises en scène sadomasochistes imposés par sa compagne, de plusieurs années sa cadette, Cynthia commence à se lasser du rôle de dominatrice qu'elle doit endosser jour après jour. Alors que l'automne jette ses derniers feux, le couple affronte frustrations, doutes et jalousie sur fond de fétichisme omniprésent.

Coproduit par Ben Wheatley et Amy Jump (Touristes, High-Rise), The Duke of Burgundy est né du projet avorté de tourner un remake de Lorna, l'exorciste/Les Possédées du diable (1974) de Jesús Franco. Si Peter Strickland revendique d'évidents emprunts et citations puisés dans l’œuvre du cinéaste espagnol, notamment via les surimpressions inspirées du génial Venus in Furs (1969) qui viennent sublimer les ébats des deux amantes, ou encore la présence discrète, mais ô combien signifiante, de Monica Swinn (actrice récurrente chez Franco entre 1972 et 1979), la démarche très personnelle du réalisateur anglais parvient à contourner l'écueil du pastiche stérile et figé.

Peter Strickland poursuit en fait le travail de mise en abyme de genres cinématographiques jadis déconsidérés qui se trouvait déjà au cœur de Katalin Varga (2008) et Berberian Sound Studio (2012), ses deux précédents longs-métrages. Après le film de vengeance et le giallo, c'est donc au tour d'un certain cinéma européen des années 60/70, où l'érotisme, le baroque et l'étrange étaient indissociablement liés, d’être revisité selon une approche aussi fine que tout en paradoxes : les motifs et inventions stylistiques des films de référence sont réemployés, souvent réinterprétés, en vertu de l'intensité émotionnelle qu'ils confèrent aux troubles de personnages dont l’univers se délite.

La construction cyclique et hautement sensitive de The Duke of Burgundy invite ainsi le spectateur à dépasser ses attentes et la stricte reconnaissance de « codes » appartenant à la mémoire du cinéma pour s'attacher aux variations, parfois aussi fugaces qu'un regard, qui surviennent dans la répétition de scènes sans cesse rejouées. D'un sujet typé « exploitation » (un couple de lesbiennes et ses jeux sadomasochistes) pouvant laisser craindre - ou espérer - des débordements graphiques, le film, qui proscrit la nudité sans pour autant compromettre son atmosphère d’extrême sensualité, devient une étude teintée d'humour surréaliste sur une relation amoureuse mise à l'épreuve du temps.

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