affiche BIG MAN JAPAN

BIG MAN JAPAN

[DAI NIPPONJIN]

de Hitoshi Matsumoto (Japon ; 2007)

oeil

Un reportage suit le quotidien tragicomique de Dai Sato, quadragénaire sombrant dans la marginalité. Abandonné par son épouse et sa fille, méprisé de tous, cet homme qui a impeccablement raté sa vie est pourtant le même qui se métamorphose régulièrement en géant de trente mètres de haut pour sauver Tokyo de créatures à la morphologie ouvertement régressive ou sexuée…

Pour son premier long métrage, l’humoriste nippon Hitoshi Matsumoto opte pour un mélange des genres encore inédit alternant fausses séquences documentaires ancrées dans une réalité pathétique et combats titanesques en images digitales. Œuvre radicalement hybride tant dans sa façon d’orchestrer la collision de registres a priori antithétiques que dans le design de ses monstres, Big Man Japan passe au vitriol les kaiju eiga (films de grand monstres locaux, dont Godzilla est le plus fier représentant), le mythe du super-héros et la grandeur du Japon. Un sens de l’absurde sans limites au service d’une démystification dévastatrice.

Séance unique présentée par Cannibale Peluche

Jeudi 16 mai 2013 à 20h30

au Studio (3 rue du Général Sarrail – 76600 Le Havre)

 

Tous publics

Tarifs : 5 € / 2€ pour les adhérents de Cannibale Peluche

https://www.facebook.com/pages/Cannibale-Peluche/

 

 

BIG MAN JAPAN [DAI NIPPON-JIN] (JAPON; 2007) de Hitoshi Matsumoto
113 mn / HD / VOSTF
Avec: Hitoshi Matsumoto, Itsuji Itao, Katsuko Nakamura, Riki Takeuchi...
Tout public
Séance unique jeudi 16 mai 2013 à 20h30 / Dernière séance Cannibale Peluche de la saison
Tarifs : 5 € / 2 € pour les adhérents de Cannibale Peluche

Un reportage suit le quotidien tragi-comique de Dai Sato, quadragénaire excentrique sombrant peu à peu dans la dépression et la marginalité. Séparé de son épouse qui entend ainsi protéger leur fille de six ans, méprisé de tous à l'exception des hôtesses de karaoké avec lesquelles il aime à s'enivrer pour oublier les souffrances de son métier, cet homme qui a impeccablement raté sa vie est pourtant aussi ce héros de trente mètre de haut dont les médias relaient régulièrement les affrontements contre les Nuisibles, créatures à la morphologie ouvertement régressive ou sexuée qui menacent le Japon...

 

 

Inédit en salles hors festivals, BIG MAN JAPAN est le premier long métrage réalisé par l'humoriste nippon Hitoshi Matsumoto. Quasi inconnu sous nos latitudes mais jouissant auprès du public de l'archipel d'une immense popularité grâce à ses émissions télévisées et au duo comique Downtown qu'il forme avec Masatoshi Hamada, Matsumoto est également l'interprète principal, le producteur et le co-scénariste de ce coup d'essai au vitriol. Les kaijū eiga (films de grands monstres japonais dont Godzilla est le plus fier représentant) et les super-héros du type Ultraman évoluant traditionnellement dans des univers au bestiaire improbable font ainsi les frais d'une satire radicale qui les ancre dans un semi-réalisme critique afin d'en démonter les servitudes médiatiques et politiques.

 

 

Le film opte dès lors pour un mélange des genres inédit qui voit alterner fausses séquences documentaires s'attachant au désespoir d'une existence ruinée par l'obligation d'être sans cesse à la hauteur (d'un passé glorieux, des attentes des sponsors et de la foule) et combats en images digitales systématiquement sabordés par les faiblesses du héros ou les particularités délirantes de ses adversaires. Au-delà d'une collision des genres, qui constituerait déjà une postulat digne d'intérêt, c'est leur subversion même que vise le film, notamment sur le versant héroïque.

 

Le résultat, entre captation carnassière permanente (jusque dans l'un des rares moments de répit de Dai Sato, suivi par des forces d'intervention sur leurs écrans de contrôle) et mise en scène « de cinéma » (format panoramique 1.85:1, plans-séquences élégants, cadrages sans ostentation gorgés d'un humour à froid renforçant l'étrangeté et l'absurdité des situations comme des rapports entre les personnages, toutes dimensions confondues) constitue la forme idéale pour un film dont le projet entier relève de l'hybridité.

 

 

Les vicissitudes de la carrière de Sato, attraction foraine déchue devenue honte nationale, dessinent par ailleurs en creux une parabole sur la condition du comique, et au-delà celle de l'artiste, Sisyphe grimaçant sommé de se renouveler sans cesse pour ne pas perdre l'affection du public.

 

Hitoshi Matsumoto donnera un prolongement inattendu à ces thématiques – mais tout son travail procède de l'inattendu – avec son troisième long métrageSaya Samuraï (2011), « film d'époque documentaire1» selon ses propres termes, relatant les piteuses tentatives d'un samouraï sans sabre (interprété par un acteur non professionnel qui ignorait initialement qu'il jouait dans un film !) pour arracher un sourire à un jeune prince afin d'échapper au seppuku.

 

 

Enfin, les spectateurs familiers de l'œuvrede Takashi Miike retrouveront devant et derrière la caméra deux noms loin de leur être inconnus: la photographie est le fait de son chef opérateur fétiche Hideo Yamamoto (La Mélodie du malheur, Ichi the Killer, Audition) tandis que l'acteur stakhanoviste Riki Takeuchi (la trilogie Dead or Alive, Graine de yakuza) se fend d'une apparition dans un rôle forcément peu conventionnel.

 

1Entretien avec Olivier Père dans les suppléments du DVD Saya Samuraï édité par Urban Distribution.